Tortillard et Eurostar
Par Guillaume newropeans.eu le jeudi 15 novembre 2007, 13:29 - Lien permanent
Ce matin les pare-brises devaient être grattés de leur givre, les ouvriers municipaux de Cambridge installaient un sapin dans une rue marchande, et les quais de la gare étaient salés comme une plage de la mer morte. La campagne alentour que le 7h48 traverse est blanche de givre sous le soleil rasant. Hiver. Tout à l'heure quand je sortirai du train avec mon vélo, j'enfilerai gants bonnet écharpe qui ne me quitteront plus jusqu'en 2008. Un train en cachant souvent un autre, je pense à l'Eurostar qui relie depuis hier Londres Saint Pancras à Paris Nord en deux heures et quart. L'organisation des institutions de l'UE d'aujourd'hui peut vraiment être revue ... l'avènement de la grande vitesse a transformé les distances, et les contraintes d'il y a cinquante ans ont disparu. S'il fallait tout regrouper alors, il est maintenant possible de dégrouper, dans un périmètre accessible par la grande vitesse. Je jette un oeil sur le paysage hivernal depuis mon tortillard et le concept d'Euranneaux m'apparaît être une évidence. Mettre les institutions dans les capitales historiques de l'Europe pour rapprocher l’UE des citoyens serait un acte qui marquerait le renouveau de l’UE …
C’est l’objet de la proposition 3 des ‘16 propositions’ de Newropeans
''3. Rapprocher géographiquement les institutions européennes des citoyens en les décentralisant
- pour rapprocher l’UE de ses citoyens, enraciner durablement le projet européen dans la réalité politique et historique de notre continent et rendre le système communautaire plus intelligible,
- pour éviter une Europe centralisée, incompatible avec la démocratie.
On ne peut pas rapprocher 500 millions de citoyens de Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg. Pour combler le gouffre croissant entre les institutions européennes et les citoyens, en utilisant notamment les technologies du 21ième siècle (internet, TGV, avion low-cost, ...), il va donc falloir dans les deux décennies à venir changer radicalement le système de capitales hérité des années 50 afin de permettre aux peuples de s’approprier le projet européen. Chaque pays ayant choisi sa "ville européenne" (souvent la capitale), le nouveau réseau institutionnel européen rassemblera un premier "Euranneau" d’institutions européennes dans un rayon de 500 km autour de Bruxelles, en tenant compte de la spécificité et des atouts de chaque ville retenue : Parlement (Bruxelles), Cour de justice (La Haye), Gouvernement européen (Londres), Administration Commune Européenne (Paris), Banque Centrale (Francfort), Cour des Comptes (Luxembourg). Un second "Euranneau" rassemblera toutes les autres institutions et agences communautaires dans la ville retenue par chaque état membre. Cette véritable décentralisation apportera également aux institutions européennes un accès à une base plus large de ressources humaines qualifiées que ce qu’offrent leur situation géographique actuelle.''
Commentaires
Bonjour,
pourquoi Londres devrait-elle accueillir le "gouvernement européen (?)"? "En raison de ses spécificités et atouts"? Qu'on en fasse le centre du pouvoir financier, pourquoi pas, c'est déjà le cas, mais le centre du pouvoir politique, non merci. Toutes les initiatives communes sont torpillées par l'Angleterre depuis des décennies, au nom de son sacro-saint "équilibre des pouvoirs", et de sa soumissions aux Etats-unis, et elle ne fait même pas partie de la monnaie unique!
L'idée de dissocier le "gouvernement européen" et l'"administration commune européenne" semble aussi bizarre: l'administration, c'est l'outil du gouvernement! Les séparer serait signifier une incongrue division des rôles.
Cet exercice qui part d'un bon sentiment semble léger, et ressembler aux délires maoïstes sur les "petits hauts fourneaux" ou staliniens sur l'irrigation du désert. C'est bien de vouloir améliorer les choses, mais il faudrait fonder cette amélioration dans une perspective historique réaliste. Sinon, on court aux mêmes catastrophes qu'au XXème siècle.
La question du mode d'organisation géographique des institutions européennes est un problème politique centrale. L'UE a commencé comme "Communauté européenne du Charbon et de l'Acier" (CECA) sans que les choix d'origines (comme le compromis provisoire sur les capitales) n'anticipent le succès du projet et le fait qu'aujourd'hui ce petit marché à 6 soit devenu un entité politique complexe intégrant 27 pays et 500 millions de personne. Penser que ce qui était bon à 6, dans les années 50, pour un petit marché sectoriel est bon à 27, pour 500 millions, dans un vaste entité politique est une faute politique. Tout comme imaginer que l'efficacité d'administrations transnationales se détermine de la même manière à l'époque des TGV, de l'Internet, des réseaux autoroutiers et des low costsqu'à celle des trains à vapeur, du téléphone par standardiste, des routes nationales et des avions à hélices (les années 50/60).
On peut donc certainement, et légitimement débattre de par quoi remplacer le système géographique institutionnel actuel. Mais il n'y a aucun doute qu'il faille le changer radicalement.
Le réalisme c'est justement ne pas supposer que demain se satisfait des conditions d'hier. Et de se rappeler que ces institutions comunautaires sont encore très petites en taille (donc facilement mobile).
Le choix de Londres pour accueillir le gouvernement européen répond
ainsi à cinq contraintes:
1. socio-économique : Londres fait partie de ce "premier euranneau" (Euroring), qui réunit des métropoles au coeur du moyau économique, politique, financier, culturel, scientifique de l'UE (très bien décrit par tous les manuels scolaires de géographie).
2. opérationnelle : Londres est désormais totalement intégré au réseau des trains à grande vitesse qui permet une interconnection rapide (environ 2h) et fiable entre plusieurs métropoles de cette zone (Bruxelles, Paris, Amsterdam, Francfort), et qui est une condition essentielle pour un éventuel flux quotidien de plusieurs centaines d'Eurocrates.
3. politique : Si les Britanniques (en fait les Anglais, car les Ecossais et les Gallois n'ont pas la même attitude) sont si réticents au projet communautaire, c'est notamment parce qu'ils perçoivent ses institutions (définis et bâties avant leur entrée dans la Communauté)
comme étant "étrangères". et en fait, ils ont raison car ils n'en ont aucune sur leur territoire (la Berd appartient au monde de la finance internationale, pas au monde le politique justement). A un moment où l'opinion publique britannique se distancie des Etats-Unis comme jamais
depuis 1945, il est certainement temps de montrer que les autres Européens n'ont pas peur des Britanniques, mais qu'au co ntraire ils sont prêts à parier sur eux, pour une institution clé.
4. euro-historique : penser qu'un système institutionnel communautaire puisse être pérenne avc une Allemagne accueillant la Banque centrale, la France le Parlement (ou dans le cas d'Eurorings, plutôt l'executif commun, équivalent de la Commission) et le Royaume-Uni, rien, c'est ignorer 1000 ans d'histoire européenne et de ses équilibres internes.
5. fonctionnelle : le gouvernement européen (équivalent du Conseil actuel) vise à incarner le pouvoir des Etats dans l'UE. Quel pays mieux que le Royaume-Uni pourrait incarner légitimement un tel pouvoir? Tout comme ll'Allemagne l'a fait avec la BCE, pour l'Euro fort? Et d'ailleurs c'est là qu'on voit l'erreur de "casting" avec le Parlement européen pour la France!
Tout d'abord je voudrais rectifier, le pouvoir financier européen n'est pas à Londres, mais en Allemagne à Frankfurt, c'est bien là qu'a été placé le siège de la BCE, et non pas à Londres comme auraient pu le souhaiter les financiers mondialistes et non européistes.
C'est l'une des toutes premières initiatives dans le sens "rapprochons l'Europe des européens".
Par la suite nous avons bien assisté également à la mise en place d'un ensemble d'organismes, d'agences européennes un peu partout en Europe, mais les citoyens ne s'y sont pas trompés, ce n'est pas là que réside pour eux ces miettes de l'essence de la politique européenne qui les auraient motivés à se sentir d'avantage concernés par l'Europe.
Au contraire, le choix d'un pouvoir politique à Londres, qui a toute la tradition des débats parlementaires, parait être une nouvelle dimension dans l'appropriation de la dimension européenne par les citoyens d'Europe, et donc aussi les Anglais, et se sera un coup de bluff formidable pour les politiciens anglais de jouer enfin le jeu de l'Europe, parce qu'ils y seraient alors véritablement impliqués.
Cela semble être une vision très française et très simpliste de considérer que là où est le pouvoir administratif doit se trouver le pouvoir politique (ou le contraire). A partir du moment où le pouvoir politique est concentré en un point n'est-ce pas là justement une sorte de Politburo ? pire encore lorsque les deux sont cumulés en un seul centre... on en vient à la dictature des fonctionnaires...
Alors où se trouve la vision maoïste ou stalinsite ? On pourrait dans ce cas y ranger tout ce que l'Europe compte de fédérations, confédérations et autes conceptions de gouvernance décentralisée...
http://www.newropeans-magazine.org/...
un article détaillant les motivations d'une telle proposition, sous forme de questions-réponses.
A lire absolument!!!